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Les certificats de vrais poilus
Ce 60ème régiment d’infanterie resta en ligne à Fontenoy jusqu’au 25 juillet 1915 et les poilus durent rester sans cesse en éveil pour éviter les balles des « Marius », surnom qu’on donnait aux tireurs allemands. II fallait aussi faire très attention dans les passages dangereux comme le labyrinthe des ruines dans le village labouré par les obus et surveillé par l’aviation ennemie. Sur la crête, on accédait aux tranchées comme celle de Iéna, qui passait à la ferme de la Tour par des boyaux étroits comme ceux de la Montagne blanche à Port, où de Durand et Lacroix, tous deux grièvement blessés à ces endroits, à Fontenoy. Les liaisons étaient toujours hasardeuses. C’est ainsi que le 3 février 1915, Dechaux, un cycliste, fut tué par un obus qui arracha la selle mais laissa le vélo intact. Car l’artillerie allemande restait efficace et meurtrière, même si le général Nivelle proclamait que les obus allemands n’étaient plus que de la camelote. En première ligne, quand on en recevait un, on pensait bien le contraire ! Et si les généraux Maunoury et De Villaret, blessés tous deux par la même balle à Vingré le 12 mars 1915, eurent la vie sauve, huit hommes furent tués d’un coup lors d’une corvée qui passait à Fontenoy le 12 avril. Ce même mois, l’ordinaire s’améliora avec les cuisines roulantes et les autos-bazars. Le 11 mai, tandis que le président de la République était venu visiter le secteur, les Allemands eurent l’outrecuidance de planter un poteau frontière entre les deux lignes de tranchées, poteau que l’adjudant Vuillemin et le caporal Ghisoli allèrent chercher sous la mitraille. Car les hommes étaient braves et certains jeunes s’amusèrent à un jeu dangereux, lors de certaines patrouilles, en se rendant à Osly-Courtil, situé entre les lignes, pour y rencontrer l’adversaire et se battre avec lui en combat singulier. On obtenait alors son « certificat de vrai poilu ! ».
Le 14 juillet, ce fut la fête mais l’on restait méfiant. Heureusement, car 5000 obus s’abattirent sur le fortin, l’ouvrage avancé du secteur. Puis, ce furent les gaz, une nouvelle arme dont on apprenait à se protéger avec les masques qu’on allait essayer dans les carrières de Saint-Bandry.
Au fil des mois, les quelques rares habitants restés au village s’étaient habitués à l’horreur de cette guerre, aux croix de bois de ces cimetières provisoires, aux bombardements, à la vie misérable qu’ils devaient mener. Mais après le repli Hindenburg du 19 mars 1917, le secteur devint plus calme et certains, qui avaient évacué à la fin de 1914, revinrent au pays comme la famille Mélin en février 1918, le jour même du Mardi Gras. Mais ils n’eurent point le temps de se réinstaller complètement.

Les durs combats de 1918
En effet, le 27 mai 1918, le Kronprinz lança une grande offensive sur l’Aisne pour pousser ses troupes jusqu’à la Marne. Aussi, dès le 29 mai, l’état-major français quitta les grottes de Tartiers. Alors que le fanion du général commandant la 151ème division flottait encore sur le château de Fontenoy, un bataillon du 127ème R.I. entra dans le village le 30 mai à 10 heures du matin par un temps radieux. Mais, devant l’ampleur de l’offensive allemande le général évacua à la hâte son PC vers 6 heures du soir en évitant un gros marronnier abattu par un obus à l’entrée du parc.
Le lendemain, sur ordre du quartier général, la population civile dut partir et la famille Mélin quitta à nouveau Fontenoy en longeant la rivière par le chemin du halage. « Heureusement nous avons pu monter dans le bateau qui déménageait les éclusiers, se souvient Odette, et nous avons pu nous mettre plus vite à l’abri ».

Bien leur en a prit à tous ces braves gens ! Car après avoir enlevé Tartiers, les Allemands entrèrent dans Fontenoy vers 18 heures et se battirent avec les soldats du 127ème commandés par le colonel Girardon qui avait établi son PC à Port près du pont reconstruit. Mais à 19 heures, après un marmitage important, l’ennemi apparut sur les crêtes tandis que le 127ème se repliait vers Roche. Alors que les premiers fantassins allemands s’engageaient sur le pont de Port, une formidable explosion secoua toute la région et illumina le ciel. Le pont, miné par le génie, venait de sauter tandis qu’une locomotive, restée cachée toute la journée dans la gare proche, profitait de la confusion pour filer à toute vapeur vers Vic. Du 1er au 5 juin l’offensive lancée par l’ennemi sur Nouvron se solda par un échec malgré l’utilisation intensive des gaz qui obligea les Français à garder les masques tout au long de ces journées. Mais les braves soldats et officiers du 127ème reprirent la direction des opérations. Le 6 juin tandis qu’un pont de bateaux venait d’être construit près de Roche. Port fut repris. Et pour répondre aux bombardements allemands sur Vic et Berny l’artillerie française décida de mener la vie dure à l’ennemi qui se cachait dans Fontenoy. Dès le 12 juin au matin, ce fut une pluie d’obus qui transforma en un immense tas de pierres tout ce qui se dressait encore dans le village comme le château de M. Firino.
Le 24 juin, une nouvelle offensive française permit de reprendre l’ouvrage de Djelfa sur le plateau et de faire de nombreux prisonniers. Puis, le 18 juillet alors que la côte 140 avait été reprise trois jours plus tôt, à partir des carrières de Confrécourt, le village de Fontenoy fut définitivement libéré, comme Soissons le 2 août, Tartiers le 16, puis Vézaponin.

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